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Fausse couche et dépression post-partum
Geneviève Wallen

L’automne dernier, j’ai fait une fausse couche. Aussi ai-je été émue de la synchronicité des allusions du texte liminaire au fœtus, au gâteau qui lève dans le ventre et aux incertitudes auxquelles on peut faire face durant la grossesse. Se rendre au point de l’accouchement comporte plusieurs embûches, et une fois que l’enfant est mis au monde, ce n’est pas terminé. La fausse couche et la dépression post-partum sont deux conditions qui, malgré les mises en garde, restent inconnues jusqu’à ce qu’elles nous affectent. Une fausse couche, c’est normal, me dit-on. Mais pourquoi autant de silence autour de ce deuil important ?  Tout comme la dépression post-partum ou le baby blues, pourquoi est-ce vécu en retrait ? L’œuvre shroud (of agar, of pearl, of wood) de Marigold Santos fait référence à son expérience de la dépression post-partum et à ses questionnements sur le bien-être. Santos examine la vision romancée de la maternité, les pratiques d’autosoin et leurs lacunes, et les changements corporels. Elle décortique les attentes sociétales et les ambivalences émotionnelles. Dans cette œuvre, l’apparence du luxe, les délicates perles et les fleurs de la passion constituent le crémage, celui beurrant les mythes de la mère parfaite et de la complaisance naturelle à transiger avec ce nouveau rôle. L’artiste commente :

« […] lorsque je souffrais de dépression post-partum, on n’en parlait pas vraiment en profondeur et l’on s’attend des nouvelles mères qu’elles prennent soin d’elles-mêmes et des autres, alors qu’elles ne reçoivent pas nécessairement les mêmes soins qu’AVANT l’accouchement. Je pensais à mes propres pratiques d’autosoin, qui faisaient défaut à l’époque (peut-être encore aujourd’hui) et à la façon dont le travail et le soin se sont entremêlés (travail de mère et travail artistique, et FAIRE/[PRODUIRE] comme un acte d’autosoin). »

Afin de créer un dialogue sur son expérience, Santos reprend l’iconographie de l’awsang, un être mythique des Philippines. Iel revient en cette œuvre revêtu·e d’une apparence plus douce, paré·e de perles.  La peau du visage est en mouvance, elle semble se remodeler afin de laisser place à une nouvelle version d’iel-même. Iel a les yeux rougis par la fatigue, mais son regard est allumé, direct. Selon l’artiste, sa coiffe perlée reproduit le motif d’une toile d’araignée tout en faisant un clin d’œil à l’électroencéphalographie, une méthode généralement non invasive permettant d’enregistrer l’activité électrique du cerveau à l’aide d’électrodes placées sur le cuir chevelu. Par son design, la coiffe souligne le désir de l’artiste de mieux comprendre les changements cérébraux post-partum –de la résilience à l’accablement dû au fardeau des responsabilités. Cette tension entre la délicatesse et la solidité de la toile d’araignée, et l’aspect médical du casque d’électrodes, démontre la complexité du rétablissement après un accouchement. shroud (of agar, of pearl, of wood) ouvre aussi un dialogue sur les tourmentes intérieures et les doutes tabous qu’ont en commun des milliers de femmes : suis-je une bonne mère si j’ai besoin de temps pour moi ? Suis-je un bon parent si j’ai de la difficulté à faire le deuil de ma vie d’avant ou à me connecter à mon enfant ? Suis-je une bonne mère si je n’aime pas allaiter ou ne produis pas assez de lait ? Parfois je me demande quels sont les modèles de maternité fonctionnant en dehors de celui de la nourrice sacrificielle ? Quels sont les réseaux d’entraide soutenant les mères artistes ?

Self care du dimanche

Il est intéressant de voir comment les masques de beauté sont identifiés à un soin. Un soin abordable, une détente rapide, un quinze minutes qui procure un sentiment de bien-être. Un moment figé qui éloigne les raisons de nos maux d’être, soit notre condition socio-économique et les normes de productivité alarmantes. Un autre dimanche à appliquer un masque capillaire et un facial, sans oublier mon gommage corporel. Je laisse des traces de mes concoctions maison sur le comptoir, des huiles, des crèmes, des aliments comestibles. Comme Stéphanie et Catherine le soulignent : « […] on hydrate bien tout le corps. On préfère garder la peau souple, lisse et intacte. » Mon rituel d’autosoin est tout de même relaxant. C’est du temps que je me donne après une semaine à courir partout, c’est simple, peu coûteux et efficace. Et je me demande toujours si, lorsque j’aurai un enfant, je pourrai entretenir ce rituel ?